OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Internet par la racine http://owni.fr/2012/07/05/internet-par-la-racine/ http://owni.fr/2012/07/05/internet-par-la-racine/#comments Thu, 05 Jul 2012 14:33:30 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=115344 Au commencement, il y avait la “racine”. Quiconque tente de percer à jour le fonctionnement d’Internet se retrouve nez-à-nez avec ce drôle de précepte. Sans bien en cerner le sens. Ainsi, votre serviteur, qui face à des articles titrant sur “la racine d’Internet divise les autorités américaines”, “la Chine veut sa propre racine Internet”, est restée circonspecte : c’est quoi ce bulbe magique générateur de réseau ? Et pourquoi tout le monde s’agite pour le contrôler ? Jardinage réticulaire avec quelques experts du Net.

Dommage, la racine n'est pas un gros modem caché sous la Silicon Valley (South Park, "Over Logging", saison 12 épisode 6)

Le bulbe magique

Premier apprentissage : la racine du net n’est pas un oignon. Ni un modem géant caché au fin fond de la Silicon Valley par le gouvernement américain. Cruelle désillusion pour tous les fans de South Park, la réalité est autrement plus prosaïque : la racine est avant tout un fichier. L’un des pères d’Internet en France, Louis Pouzin, nous explique :

C’est un fichier de données. On peut le voir sur écran ou l’imprimer.

Et de poursuivre : “c’est la table des matières des annuaires de TLD”.

C’est là que ça se corse : les TLD, ou “top level domains” (“domaines de premier niveau”) sont tous les “.quelquechose” : .com, .net, .info ou, pour les pays, en .fr, .uk, etc. On compte aujourd’hui plus de 300 extensions. Tous les sites Internet sont regroupés dans un annuaire qui porte le nom de leur extension : “par exemple, l’annuaire .com explique Louis Pouzin. Il existe donc autant d’annuaires que de TLD.”

Et la racine dans tout ça ? Elle a en mémoire la liste de tous les TLD et s’occupe de pointer vers les différents annuaires. “C’est un système d’aiguillage”, ajoute Stéphane Bortzmeyer, ingénieur à l’Afnic, l’organisme qui gère notamment le .fr. “Quand on lui demande un accès au site owni.fr, elle renvoie à l’Afnic qui gère le .fr” Et ainsi de suite pour les sites du monde entier : la racine est la conseillère d’orientation du Net.

La racine est morte, vive Internet !

Évidemment, le fichier seul ne peut pas s’exécuter comme ça, à l’aide de ses petits bras. Parler de racine, c’est aussi parler de “serveurs racine”. Des machines disséminées dans le monde entier et sur lesquelles est copié le fameux bottin de l’Internet. On parle souvent de 13 serveurs racine, mais la réalité est plus complexe. Selon Stéphane Borztmeyer : “il y a une centaine de sites physiques qui gèrent les serveurs racine.”

Concrètement, ces serveurs ne ressemblent pas à des bunkers ultra-sécurisés. A la manière de datacenters classiques, “il s’agit simplement de matériel encastré dans des racks [NDLA : sorte de casiers à matériel informatique]“, poursuit l’ingénieur de l’Afnic. La sécurité physique n’est pas le problème.” Le souci est plus au niveau logiciel. Et encore : si la racine venait à disparaître de la surface de la Terre, aucun cataclysme dévastateur n’en résulterait. Ni coupure nette, ni blackout, ni tsunami vengeur, rien, tout juste quelques défaillances !

“Il y aurait une perte de fonctionnalité, mais ce ne serait ni soudain, ni total ni catastrophique”, explique l’universitaire américain Milton Mueller, l’un des premiers à s’être intéressé à la racine et ses implications géopolitiques, dans son livre Ruling the root. “Le réseau se dégraderait petit à petit mais on peut y survivre” confirme Stéphane Bortzmeyer. Un anti-scénario catastrophe rendu possible par certains serveurs, les “serveurs de nom”, et leur capacité à retenir les indications données par la racine, explique Louis Pouzin :

Il existe des milliers de copies de la racine stockées dans des serveurs de noms et des ordinateurs d’utilisateurs. L’Internet pourrait continuer à fonctionner au moins une semaine, ce qui donne le temps de s’organiser pour réparer l’incident.

Ces serveurs de noms, que l’on retrouve par exemple chez les fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free et compagnie), ne demandent que rarement leur route aux serveurs de la racine. Le plus souvent, ils ne les contactent qu’au moment de leur mise en service : Internet n’est alors pour eux qu’un énorme brouillard de guerre. Impossible dans ces conditions de savoir à quoi renvoie owni.fr ou hippohippo.ytmnd.com. Le reste du temps, ils se souviennent au moins temporairement (en cache) des indications de la racine. Certains FAI ont même opté pour une solution plus définitive : ils copient le fichier racine dans leurs serveurs, afin d’éviter de passer par la racine, raconte encore Milton Mueller.

La racine, c’est l’Amérique

Ceci dit, ils ne contournent pas complètement la racine, puisqu’ils se contentent de copier son fichier, qui peut connaître des modifications au fil du temps. Pour rester à la page, et continuer d’orienter les internautes, des mises à jour seront alors nécessaires et le problème restera le même : in fine, il faudra s’en retourner vers la racine.

Un système hyper-concentré qui ne correspond pas tout à fait à l’image d’Épinal d’un Internet rhizomatique, parfaitement décentralisé, sans queue ni tête. Et qui peut poser problème : car derrière la racine, il y a des hommes. Et oui, malheureusement pour nous -ou heureusement, c’est selon-, la racine n’est pas une intelligence autonome venue d’un autre monde, des petits serveurs dans ses bagages, pour nous offrir Internet. La racine, c’est l’Amérique. Et selon Stéphane Bortzmeyer :

aucune modification du fichier racine ne se fait sans signature d’un fonctionnaire aux États-Unis.

Deux institutions, l’Icann et Verisign, s’occupent de la mise à jour de cette liste. “L’Icann accepte ou refuse l’enregistrement des TLD, et transmet sa décision au Département du Commerce (DOC). Verisign effectue l’enregistrement ou la radiation des TLD dans la racine sur ordre du DOC, et parfois du FBI”, détaille Louis Pouzin. La machine est 100% made in USA.

Même si son rouage le plus connu, l’Icann, est présenté comme une organisation indépendante, une “communauté” constituée de FAI, “d’intérêts commerciaux et à but non lucratif” ou bien encore de “représentants de plus de 100 gouvernements”. Il n’empêche : si l’Icann gère la racine, c’est uniquement parce que les États-Unis le lui permettent. “C’est une relation triangulaire, explique Milton Mueller à OWNI. L’Icann comme Verisign sont contrôlés par le biais de contrats les liant au Département du Commerce américain.” L’Icann vient d’ailleurs de renouveler l’accord qui la lie à l’administration américaine, obtenant ainsi le droit de poursuivre l’intendance de la racine pour les cinq à sept prochaines années.

One root to rule them all

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La coupure de Megaupload a provoqué un torrent de réactions. Le problème n'est pas la disparition du site en lui-même. Il ...

Potentielle arme de destruction massive, la racine est le nouveau gros bouton rouge qui fait peur, sauf que seuls les Etats-Unis peuvent en disposer. S’ils décident de faire joujou avec, ils peuvent par exemple supprimer une extension. Hop ! Disparu le .com et tant pis pour les Google, Facebook et autres machines à cash. Plus probable, ils peuvent aussi faire sauter un nom de domaine : c’est ce qui s’est passé en janvier dernier, avec le site Megaupload, qui a été rayé de la carte Internet.

Ils peuvent aussi bloquer l’arrivée d’un nouveau .quelquechose ou au contraire, élargir la liste. C’est d’ailleurs l’opération dans laquelle s’est lancée l’Icann, qui planifie l’arrivée des .lol, .meme, .viking -et un autre gros millier de réjouissances-, dans le fichier racine. Le tout contre quelque monnaie sonnante et trébuchante : 185 000 dollars la demande d’une nouvelle extension, 25 000 par an pour la conserver. Car aujourd’hui pour les marques sur Internet, c’est un peu be dot or be square.

“Fort heureusement, jusqu’à présent, les États-Unis n’ont pas eu de gestion scandaleuse de la racine”, modère Stéphane Bortzmeyer, avant de concéder :

Sur Internet, c’est un peu l’équilibre de la terreur.

Un pouvoir constitué de fait, au fil de la création du réseau. Et qui, forcément, ne laisse pas indifférents les petits camarades. Avec en premier chef, la Chine. L’empire du milieu menace souvent les États-Unis de construire sa propre racine. Encore récemment, avec la publication d’un draft auprès de l’IETF (Internet Engineering Task Force, l’organisme en charge des standards Internet), qui a fait grand bruit dans les médias. Sur son blog, Stéphane Bortzmeyer tempère : ces drafts “peuvent être écrits par n’importe qui et sont publiés quasi-automatiquement”. Avant d’ajouter par téléphone :

Les Chinois menacent, mais rien n’est encore fait.

“Les réseaux chinois sont connectés à Internet. La seule différence avec d’autres pays, c’est que le système de filtrage est beaucoup plus violent.”

Pour l’ingénieur réseau de toute façon, il est quasiment impossible de bâtir une racine alternative. Pas d’un point de vue technique : “nombreux sont les étudiants qui l’ont fait pour impressionner leurs petits copains !” Le problème est plus au niveau pratique :

Il y a une forte motivation à garder la même racine. Sans cela, owni.fr pourrait donner un résultat différent selon la racine employée !

Pas hyper commode pour un réseau à prétention internationale. C’est ce qui explique l’inertie qui entoure l’Icann, Verisign et la racine originelle : si tout le monde veut contrôler la racine, personne n’a intérêt à faire bande à part. Ou dispose de moyens et d’influence suffisamment conséquents pour provoquer une migration d’une racine vers une autre. “Le problème, c’est le suivi : faire en sorte que les gens basculent en masse vers l’autre racine, en reconfigurant tous les serveurs de nom, explique encore Stéphane Bortzmeyer. Il faut une grande autorité morale, proposer mieux en termes de gouvernance, de technique…” Bref :

Pour avoir une nouvelle racine, il faut prouver qu’on est meilleur que les États-Unis.

Un peu comme sur les réseaux sociaux, où il faut démontrer que l’on vaut mieux que Facebook, afin de briser son effet d’entraînement colossal.

Racine contre rhizome

Les nouvelles root de l’Internet

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Le 12 janvier, l’organisme californien en charge de la gestion des noms de domaine de l’Internet a ouvert les extensions ...

Pour l’expert de l’Afnic, seul un comportement inacceptable des États-Unis serait susceptible de faire bouger les lignes. D’autres en revanche, refusent de se plier au statu quo. Et estiment que la mainmise des États-Unis sur la racine suffit seule à proposer une alternative. C’est notamment le cas de Louis Pouzin, et de son projet “Open Root”. Pour ce pionnier du réseau, “la légende de la racine unique est un dogme assené par l’ICANN depuis 1998.” Et ceux qui la diffusent sont “les partisans d’une situation de monopole.” “Ils n’en n’imaginent pas l’extinction”, confie-t-il à OWNI.

D’autres vont encore plus loin, en imaginant une racine en peer-to-peer. Distribuée à plusieurs endroits du réseau. Fin 2010, l’emblématique fondateur de The Pirate Bay et de FlattR, Peter Sunde, a laissé entendre sur Twitter que ce projet l’intéressait. Depuis, et malgré un intérêt médiatique important, plus de nouvelles. Par mail, il nous explique avoir “confié les rênes” de ce projet à d’autres, par manque de temps. Mais ajoute croire encore en la nécessité d’une alternative :

Soit nous prenons le contrôle [de la racine], de manière distribuée et démocratique, soit nous la remplaçons dans un futur proche.

Et de poursuivre :

Il est ironique de croire en un Internet décentralisé quand ce TOUT ce que nous construisons repose au final sur un système placé entre les mains d’une organisation, qui dépend d’une juridiction, d’un pays qui a des intérêts particuliers dans la façon dont se comportent les autres pays.

L’ingénieur suédois rêve d’une alternative distribuée, “avec des caches locaux”. Utopie irréalisable selon Stéphane Bortzmeyer : “Le problème principal est celui de l’unicité”, justifie-t-il. En clair, un nom de domaine ne renvoie qu’à un contenu, stocké sur des machines identifiées par une adresse IP : en France, en Allemagne ou à Tombouctou, Owni.fr ne renvoie qu’à owni.fr. C’est ce qu’on appelle le système DNS (Domain Name System). Et c’est ce qu’assure la racine (qu’il est plus correct d’appeler “racine DNS” que “racine d’Internet”), grâce à un système de responsabilité en cascade : la racine détient la liste des .com, .fr et compagnie, elle les assigne à des sites (wikipedia.org, google.com), qui ensuite, gèrent comme ils l’entendent leur nom de domaine (en créant par exemple fr.wikipedia.org). Pas de pagaille, pas de doublon, et Internet sera bien gardé.

“Il y a eu quelques tentatives de faire un système en peer-to-peer, qui restent surtout au stade de la recherche fondamentale aujourd’hui“, poursuit le Français. “Mais toutes font sauter l’unicité ! Le mec qui trouve comment faire sans racine obtient tout de suite le Prix Nobel !”

Non sens pour Peter Sunde, pour qui “des projets de racine alternative existent et rencontrent parfois un certain succès.” Après, “tout dépend ce qu’on entend par succès”, précise-t-il. Mais en leur qualité de “terrains d’essai”, Peter Sunde leur apporte un plein soutien. Et Louis Pouzin de rappeler :

Un certain nombre de projets, ou concepts, ont déjà été commencés, sans réussir à percer. Au fait, quels pouvoirs ont intérêt à favoriser une racine entièrement décentralisée ?


Bonus : comprendre Internet, c’est aussi dessiner des petits serveurs avec des yeux et des bérets. J’ai fait un petit quelque chose, arrangé par Loguy (qu’il en soit remercié), pour savoir ce qu’il se passe avec la racine quand un internaute va sur owni.fr. C’est pour vous <3


Illustrations : motivational poster par FradiFrad via christopher.woo (CC FlickR)

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[ITV] Peter Sunde défend la vision de Flattr http://owni.fr/2011/02/11/itv-peter-sunde-defend-la-vision-de-flattr/ http://owni.fr/2011/02/11/itv-peter-sunde-defend-la-vision-de-flattr/#comments Fri, 11 Feb 2011 13:17:42 +0000 Leo Mirani (traduction Thomas Seymat) http://owni.fr/?p=46116 Lorsque le cofondateur d’un des moteurs de recherche de torrents les plus connus du monde parle de la nécessite pour les personnes d’être rémunérées pour leurs créations, c’est d’abord le scepticisme qui s’installe. Pourtant, Peter Sunde, ancien porte-parole de The Pirate Bay, est convaincu que non seulement les gens devraient payer pour ce qu’ils consomment en ligne mais qu’en plus les internautes le veulent aussi.

Flattr, créé par Sunde et Linus Olsson en mars 2010, ouvre la voie. Similaire au bouton “like” de Facebook, Flattr permets à ses utilisateurs de donner une somme d’argent de leur choix aux sites web qui sont membres. Chaque mois, les utilisateurs paient Flattr un minimum de 2€. Ils peuvent “flatter” autant de sites Internet qu’ils le souhaitent et en fin de mois, les 2€ (ou 20€ ou 50€…) sont divisés entre les sites qui ont été cliqués, auxquels on sosutrait 10% de frais. Les utilisateurs peuvent aussi ajouter le bouton Flattr sur leur site.

Le processus est simple, ne requiert qu’un minimum de connaissances techniques et empêche les abonnés de dépenser plus que la somme qu’ils ont prévue. Owni.fr a rencontré Peter Sunde à Bombay, où il assistait à une conférence sur l’archivage, pour lui parler des ses derniers projets et de ses expériences passées.

Qu’est ce qui rend Flattr différent des autres systèmes de micropaiements ?

L’idée avec Flattr, c’est de créer un système simple d’utilisation pour que les gens puissent partager de l’argent sur Internet, dans un contexte d’abondance de l’information. On ne peut pas vraiment payer pour tout et ce serait même trop pénible de devoir payer pour tout. Flattr est un système particulier. Nous ne croyons pas que ce soit le système adéquat pour payer pour tout – on a besoin de plusieurs systèmes.

Existe-t-il un nombre suffisant de personnes prêt à payer pour quelque chose qu’ils pourraient avoir gratuitement ?

Prenez la Croix Rouge. C’est l’une des plus grandes organisations dans le monde. Ils ont des milliers et des milliers d’employés et ils reçoivent de l’argent. Pour nous, il est clair que les gens sont prêt à donner, c’est juste difficile et compliqué pour eux de le faire.

Mais il existe une différence entre une organisation caritative et un blog.

Les gens ont aussi besoin de culture. La culture est un élément tellement important dans la vie de tout les jours que les gens sont vraiment partant pour payer. Ou pour filer un coup de main plutôt que simplement payer. Ils veulent rémunérer les gens pour ce qu’ils créent.

Combien d’utilisateurs sur Flattr ? Et où le service est-il le plus populaire ?

Nous avons 70.000 utilisateurs, dont 30% sont des créateurs qui veulent se faire “flatter”. Mais ils doivent aussi dépenser de l’argent. C’est un système égalitaire dans lequel tout le monde doit s’engager et s’investir. Beaucoup de nos membres sont allemands. Les blogs politiques, les podcasts et les médias sont ceux qui se font le plus d’argent. Nous nous sommes rendu compte un jour que deux journaux allemands s’étaient inscrit sur Flattr à juste un jour d’intervalle. Mais ce n’est pas qu’une question d’argent. Il s’agit aussi pour eux de diffuser leurs articles parce Flattr, qui est un mélange de StumbleUpon, du bouton “like” de Facebook et de PayPal, permet de découvrir des nouvelles choses.

Vous préférez ne pas qualifier Flattr de système de paiement. Pourquoi ?

Payer nécessite avoir de l’argent ou prendre un crédit. Utiliser Flattr, c’est plus un acte volontaire. C’est davantage un encouragement, ou éventuellement un don. Ca montre aussi une certaine forme de soutien social. Si vous avez 400 “like” sur Facebook, cela veut seulement dire que 400 personnes ont cliqué sur un bouton. Mais avoir 400 “flatteurs” signifie que 400 personnes ont tellement aimé quelque chose qu’ils sont prêt à le soutenir financièrement, ce qui est une grosse différence.

Vous dites aussi que vous ne voulez pas savoir qui donne de l’argent à qui.

Si vous en savez trop sur les gens, la gestion devient un problème. Nous ne voulons pas construire un système où nous connaissons tout sur tout le monde. Quand on utilise Facebook, ils savent tout ce que vous faîtes, nous voulons être un contre-poids à cela. En plus, nous n’avons pas besoin de savoir, donc pourquoi devrions-nous essayer ?

Quel futur voyez-vous pour Flattr ?

D’abord, on a besoin de devenir très gros en termes de taille. Je veux que les gens soient capables d’en rémunérer d’autres. Un million d’utilisateurs à la fin de cette année (2011) est l’objectif minimal, même si j’espère que le chiffre sera plus proche de 5 millions. Ensuite, je veux introduire un système de paiement direct pour rendre possible l’achat de choses en utilisant Flattr.

Ne pensez-vous pas que ces discours sur la rémunération venant d’un des cofondateurs de The Pirate Bay puissent surprendre pas mal de gens?

L’idée de The Pirate Bay n’a jamais été de dire que les choses ne devaient pas avoir de coût. Il s’agissait de faire en sorte que les gens soient capable de partager de l’information, sans se soucier de ce qui était échangé. Sans censure ni filtre, ainsi nous n’introduisons pas de valeurs éthiques ou de moral dans votre vision du monde. C’est simplement une plateforme, rien de plus. Un moyen de transport pour l’information. Et cela ne devrait rien être d’autre. De la même manière qu’un FAI ne devrait pas décider quel site vous pouvez ou ne pouvez pas accéder.

Mais le nom lui-même suggérait le piratage.

Un pirate, c’est quoi? La définition vient d’une industrie qui appelle tout ceux qui ne font pas ce qu’elle veut des pirates. Nous avions envie de nous réapproprier ce mot, le rendre cool. Il était plus question de subvertir socialement ce que le mot signifie que de dire: “nous allons voler toutes vos affaires”.

Est-ce que vous pensez que Flattr attirerait autant l’attention si vous n’aviez pas été impliqué dans The Pirate Bay ?

Il est clair que non. Et bien sûr, nous en tirons en quelque sorte partie. Ca nous fait économiser en marketing. Je vais dans des conférence, j’y parle de Flattr et on me paie pour ça. Mais je ne considère pas Flattr comme une entreprise comme les autres. Le but n’est pas de se faire de l’argent, l’objectif est de changer les choses. Ce n’est pas une entreprise “non-profit” stricto sensu, mais je la voie plutôt comme une une façon de financer d’autres projets similaires.

Comment vous êtes-vous retrouvé à participer à The Pirate Bay?

Au début, j’étais engagé dans Piratbyrån (“le bureau piratage”). En Suède, il y avait l’Antipiratbyrån (le bureau anti-piratage) qui était principalement un groupe de lobbyistes d’Hollywood œuvrant en Suède. Donc des artistes, des hackers, tout ceux qui étaient engagés et intéressés par Internet ont lancé Piratbyrån, qui était alors un projet pour rigoler. Au début, il y avait peut-être 40 personnes qui y travaillaient sur de nombreux projets, l’un d’eux étant Pirate Bay. A l’époque, tout le monde utilisait des connexions directes pour le partage de fichiers, ce qui n’était pas terrible d’un point de vue légal et c’était surtout très lent. BitTorrent était largement supérieur et nous voulions nous assurer que les utilisateurs pouvaient comprendre son fonctionnement et qu’il soit en suédois. En fin de compte, il a pris beaucoup d’importance et est devenu un projet indépendant, séparé du reste.

The Pirate Bay a souvent été menacé d’actions en justice par quelques unes des entreprises les plus puissantes du monde. En tant que leur porte-parole, comment est-ce que vous avez réagi ?

On a commencé par faire pas mal de recherches au niveau légal. Et nous avions l’aide de Mikael Viborg, qui est probablement l’une des personnes les plus talentueuses en Suède dans le domaine de la propriété intellectuelle. Nous avons aussi compris qu’une firme américaine ne peut pas venir et citer des textes de droits étasuniens dans une cour de justice en Suède. Nous leur envoyions des cartes montrant où est la Suède et disant « nous ne sommes pas encore partie intégrante des Etats-Unis ». Nous leur envoyions aussi des photos d’ours polaires qui disaient “Vous avez peut-être des problèmes de droit d’auteur mais ici nous avons des problèmes avec des ours polaires qui essaient de nous manger”. Et les entreprises ne savaient pas quoi répondre.

Vous êtes célèbre pour avoir dit que vous préféreriez détruire par le feu tout ce que vous possédez plutôt que de payer l’amende de 3,6 millions d’euros exigé par le verdict de la cour en Suède.

Je ne pense pas être coupable de quoi que ce soit. Je n’ai rien fait de mal.

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Crédits photo: Flattr

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