OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Grand prix de la répression http://owni.fr/2012/06/19/quebec-canada-manifestations-prix/ http://owni.fr/2012/06/19/quebec-canada-manifestations-prix/#comments Tue, 19 Jun 2012 13:03:10 +0000 Anaïs Richardin http://owni.fr/?p=113618

Police montée québécoise. Photo Xddrox

Lors du Grand prix de Formule 1 qui s’est tenu dimanche 10 juin à Montréal, les dispositifs policiers ont été renforcés pour tenir les manifestants à distance du lieu de l’événement et éviter toute perturbation. Protestant contre la hausse programmée des frais de scolarité et contre la liberticide loi 78 limitant leur droit de manifester, de nombreux contestataires mais aussi citoyens lambda se sont vu interdire l’accès à certaines stations de métro ainsi qu’au parc jouxtant le circuit. En un week-end, 139 personnes ont ainsi été arrêtées, dont 34 pour la seule journée du dimanche 10 juin. Sans compter le nombre de personnes gentiment -mais fermement- reconduites au métro par une escorte policière.

Depuis l’arrêt des négociations entre le gouvernement Charest et les associations étudiantes le 31 mai, le conflit s’enlise. Certains manifestants s’étaient donné rendez-vous dimanche pour tenter de perturber le trafic en utilisant la ligne jaune du métro desservant le lieu du Grand Prix.

Le Québec vibre

Le Québec vibre

Le Québec tranquille c'est fini. La Belle Province se rebelle avec force, dans la rue et sur les réseaux, contre des ...

Profilage politique

Une tentative de manifestation contrée par la police qui a employé les grands moyens pour évacuer les jeunes du métro et du parc Jean Drapeau. Depuis, les témoignages de cette journée circulent massivement sur internet laissant penser que les agents du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) étaient à l’affut de toute personne arborant le symbole de la contestation : un carré rouge, ou un quelconque accessoire du kit du manifestant comme des lunettes de ski (permettant de marcher incognito sans pour autant contrevenir au règlement de la ville de Montréal qui interdit de manifester le visage couvert) un sac à dos, ou même le roman 1984 de George Orwell. De nombreuses personnes dénoncent dans la méthode d’arrestation un profilage politique. Une accusation réfutée par le directeur de la police de Montréal Marc Parent lors d’une conférence de presse lundi 11 juin :

Des usagers du métro se sont fait demander qu’on puisse fouiller leurs sacs. Il y en a eu une cinquantaine. La moitié ou plus n’avait pas de carré rouge. Et certains qui avaient un carré rouge sont entrés sur le site. Il n’y avait pas de fouille et d’intervention systémique sur les gens au carré rouge.

Nous nous sommes entretenus avec Ian Lafrenière, porte-parole du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) qui conteste également cette version des faits :

Les personnes arrêtées de manière préventive sont des gens reconnus comme ayant participé à des manifestations violentes. Sur 180 000 personnes ce jour-là, seules 34 ont été arrêtées. Et sur les 250 000 personnes qui ont transité par le métro, seules 50 ont été dirigées vers la sortie.

Louve PB, de son vrai nom Virginie Bergeron, réfute ce motif d’arrestations. Dans un témoignage publié sur sa page Facebook, elle raconte avoir pris le métro pour se rendre au parc, sans porter de carré rouge, afin de passer inaperçue :

J’avais décidé de ne pas porter de carré rouge. Ni noir. En fait j’avais mis ce que j’avais apporté de plus candide. Une petite robe bleue et des sandales lacées. J’avais mon sac à dos rouge.

Tentative avortée, elle est arrêtée au bout de quelques minutes dans le métro. Escortée par les policiers, elle est alors obligée de prendre une rame en sens inverse pour retourner dans le centre de Montréal, où un comité d’accueil policier l’attend là aussi :

Une policière nous attend et nous dit que si on nous revoit dans une sation de métro, on va être arrêtés.

Pour la jeune femme, le profilage est donc bien réel, toute personne jeune arborant la couleur rouge et n’ayant pas de billets pour le Grand prix étant d’emblée déclarée persona non grata :

De ce que j’ai vu, les gens comme moi se faisaient arrêter à tout vent, on ne m’a jamais demandé de m’identifier. Du moment que j’ai dit que je n’avais pas mes billets je n’avais “pas d’affaire là” (rien à faire là, NDLR) et j’étais évacuée comme si j’avais commis une infraction

Deux journalistes qui étaient ce jour-là en immersion, portaient chacun une pièce de couleur rouge ainsi qu’un foulard et un sac à dos, laissant penser qu’ils étaient manifestants. À peine arrivés dans le métro, des agents demandent à fouiller leurs sacs mais les laissent monter dans la rame. Arrivés au parc du Grand prix, ils rebroussent chemin devant la forte présence policière mais se font arrêter avant de pouvoir regagner la bouche la plus proche, alors qu’ils discutent avec François Arguin, un citoyen qui filme, dit-il, toutes les manifestations. Ils racontent leur périple dans un article paru sur le devoir.com :

Deuxième fouille, donc, en moins de quinze minutes. Un groupe d’agent est formé autour de Raphaël Dallaire Ferland et Catherine Lalonde, un autre autour de François Arguin. Ils sont, en tout, seize agents pour trois individus. L’attitude, pour la même intervention, est beaucoup, beaucoup plus nerveuse que celle adoptée par les agents qui patrouillaient le métro. Les journalistes coopèrent, mais retournent une question pour chacune qu’on leur pose. Pourquoi nous fouiller? “Parce que vous arborez un signe révolutionnaire”, répondra un agent, visiblement excédé, “pis parce que je suis tanné du monde comme vous.”

Menaces fantômes

Ian Lafrenière, nous a expliqué que suite à certaines menaces et tentatives d’intimidation le SPVM avait décidé pour la sécurité de tous d’accroître la présence policière. Allusion à une phrase qui circula massivement lors des manifestations, faisant craindre un rassemblement important :

Charest tu ris mais check bien ton Grand prix.

En prévisions d’éventuelles violences, le SPVM avait donc massivement placé des agents sur la ligne jaune du métro jusqu’à l’entrée du circuit. Entre interpellations, arrestations et fouilles, 21 personnes ont même été placées en détention dans un bus, garé en plein soleil, qui les a reconduit en ville. Une arrestation dont une victime de la répression policière fait le récit :

Nous (les 21 citoyens détenus, NDLR) avons passé plus de trois heures dans le bus (un véhicule de la Société de transport de Montréal affrété pour l’occasion, NDLR), pour un total de quatre heures de détention, sans jamais avoir d’explications. J’ajoute d’autre part qu’à aucun moment nos droits ne nous ont été lus, bien que nous l’ayons réclamé à plusieurs reprises ; le seul droit qui me fut énoncé est l’absurde « droit de garder le silence » qui ressemblait davantage à un « ta gueule » à peine camouflé.

Nul n’est censé ignorer (ni bafouer) la loi

La manière dont les arrestations sont orchestrées suscite le débat. Les policiers ne semblent pas avoir de méthode précise, prenant pour cible des personnes qui leurs semblent sensibles et bafouant le code de déontologie des policiers du Québec.

Les citoyens sont bien décidés à ne pas rester muets face à une telle situation. Si bien que la police est aujourd’hui la cible d’attaques récurrentes. Anonymous a ainsi piraté les mails de 11 000 policiers la semaine dernière, publiant les listes d’adresses privées ainsi que le nom et le matricule des agents. Tandis que Moïse Marcoux-Chabot, un documentariste engagé dans le mouvement depuis ses débuts a réalisé un minutieux travail de documentation sur sa page Facebook. Il a relevé tous les articles de loi relatifs aux arrestations et s’est intéressé à la jurisprudence pour prouver que ces actions étaient illégales et abusives.

Cet intérêt pour la loi donne aussi aux citoyens les moyens de se défendre et les policiers se retrouvent bien souvent face à des personnes qui connaissent leurs droits et ne se démontent pas. Les détenus ne cessent ainsi de questionner les policiers sur leur arrestation. Le détenu du bus relate qu’il n’obtiendra aucune réponse en quatre heures de détention, si ce n’est la justification évasive de sa détention par l’article 31 du code criminel :

La seule raison légale de notre situation fut l’article 31 (1) du code criminel, sans que jamais ne soit précisé ce qui aurait pu les pousser à croire que nous allions troubler la paix.

L’alinéa 1 de l’article 31 stipule en effet qu’ « un agent de la paix qui est témoin d’une violation de la paix, comme toute personne qui lui prête légalement main-forte, est fondé à arrêter un individu qu’il trouve en train de commettre la violation de la paix ou qu’il croit, pour des motifs raisonnables, être sur le point d’y prendre part ou de la renouveler ».

Que constituent des « motifs raisonnables » ? Porter un sac à dos, comme cet enfant de cinq ans qui a du tendre son sac à un policier pour qu’il le fouille ? Ou même un foulard rouge comme Raphaël Dallaire Ferland, ce journaliste parti en reportage incognito dimanche?
Mais les arrestations préventives, qui ne sont  fondées que sur la conviction qu’une personne va commettre un délit, ne s’arrêtent pas là. Les personnes arrêtées sont fouillées, et leurs effets personnels parfois confisqués et altérés comme en témoigne François Arguin. Arrêté dimanche alors qu’il discutait à la sortie du métro avec les deux journalistes, il a été menotté, questionné et s’est vu saisir ses effets personnels, dont la caméra avec laquelle il filmait, avant que les policiers le relâchent après le contrôle d’identité:

On nous annonce que nous allons être escortés en dehors du site et on me remet ma camera, après avoir effacé toute la séquence vidéo d’évènements qui ont précédé notre interpellation, le harcèlement dont j’ai été victime et de la documentation des bris de mes droits fondamentaux de citoyen. C’est a dire profiter d’une journée du samedi a me promener au Parc Jean-Drapeau et filmer sans me faire harceler, insulter, menotter et expulser du parc sans raison par des policiers.

Les policiers se sont emparés de sa caméra pour en effacer le contenu, ce qui est arrivé à de nombreuses autres personnes. Des actes rapportés à Ian Lafrenière en début de semaine et qu’il ne comprend pas :

Ça me surprend beaucoup que les images aient été effacées. puisqu’il y a des caméras partout, des citoyens avec leurs téléphones et aussi les caméras de Radio Canada.

Les images circuleraient donc quoi qu’il arrive. Et quelles images. Cette vidéo de Radio Canada montre que les policiers sont sur les dents et font parfois preuve d’une brutalité qui ne semble pas nécessaire.

Enquête et surveillance

En théorie, l’état-major doit être informé de tout ce qui se passe sur le terrain. Mais face au comportement de certains agents, le SPVM dit avoir lancé des vérifications. Une enquête nécessaire pour faire disparaitre cette impression que les agents peuvent agir en toute impunité. Ian Lafrenière, lui, nous explique que les manifestants sont les auteurs d’une véritable campagne de désinformation :

On ne se bat pas à armes égales, nous de notre coté on se bat avec des faits. Nous faisons des vérifications et des contre-vérifications. On a entendu pendant des jours qu’un homme avait été tué par le SPVM. On a envoyé une équipe à la morgue et au final c’est un journaliste qui a retrouvé la personne, chez elle, bien vivante.

Les témoignages sont parfois à prendre avec des pincettes, mais lorsque beaucoup d’entre eux concordent, y compris avec ceux de journalistes sur place, le doute n’est plus possible. Aujourd’hui, des associations de victimes sont bien décidées à ne pas en rester là. Le comité légal de la CLASSE a ainsi annoncé sur une page Facebook dédiée, être à la recherche de témoins pour un recours judiciaire. De nombreux Québecois dénoncent sur les réseaux la montée en puissance de cet État policier à l’aide de vidéos, comme MrTherio6 qui a lancé sa chaine Youtube agrégeant les vidéos montrant la brutalité policière au Québec.

Cette vigilance des citoyens -copwatching-, s’est accrue depuis la répression massive des manifestations lors du G20 de 2009 à Toronto, mais elle ne semble pas être un problème pour Ian Lafrenière :

Une surveillance est souhaitée et souhaitable donc c’est bien qu’ils nous surveillent, mais il y a une différence entre la surveillance et la désinformation. En tout cas, une cohabitation est nécessaire.

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Frédéric Lefebvre économiste américain http://owni.fr/2012/06/02/leconomie-americaine-de-frederic-lefebvre/ http://owni.fr/2012/06/02/leconomie-americaine-de-frederic-lefebvre/#comments Sat, 02 Jun 2012 09:41:36 +0000 Pierre Leibovici http://owni.fr/?p=112329

Portrait de Frédéric Lefebvvre à Bercy en janvier 2011 par © Jean-Michel Sicot/Fedephoto

Une campagne financée par le secteur privé. C’est celle de Frédéric Lefebvre – qui n’a pas été en mesure de répondre à nos questions. L’ancien secrétaire d’État est candidat de l’UMP pour les législatives en Amérique du Nord. Pour cette élection inédite – pour la première fois les Français résidant à l’étranger élisent leurs députés – ce proche de Nicolas Sarkozy a joué avec le feu en matière de comptabilité. Il risque aujourd’hui de voir son compte de campagne contesté.

Au cours de ses deux mois de campagne, Frédéric Lefebvre n’aura pas tenu beaucoup de meetings ouverts au public. Chacune de ses réunions réclamait un carton d’invitation. Confronté à de multiples dissidences et à de vives critiques au sein même de l’UMP d’Amérique du Nord, le candidat a peut-être voulu éviter les débordements comme celui qui l’a poussé à exclure une militante, lors du lancement de sa campagne à Boston. Selon les informations que nous avons recueillies, le ténor de l’UMP a choisi de dépenser le moins possible pour sa campagne, en faisant appel, notamment, à la générosité des entreprises. Une pratique en principe illégale.

Encans

Lundi 2 avril, rue du Couvent à Montréal. Quelques dizaines de militants UMP se réunissent à l’Hôtel des Encans, une ancienne église reconvertie en une somptueuse salle de vente aux enchères. Ils sont venus assister au lancement de la campagne de l’unique candidat investi par l’UMP pour cette circonscription des Français de l’étranger, Frédéric Lefebvre.

L’ancienne église appartient au richissime commissaire-priseur Iegor de Saint-Hippolyte, également gérant de la société Iegor Auctions. L’homme est un proche de la section UMP du Québec – à laquelle il avait offert l’hospitalité pour une réunion, en février 2011 – et de quelques-uns de ses membres éminents. Le premier s’appelle Thibault Duval, président des Jeunes Populaires du Québec – la section 16-30 ans de l’UMP – également l’un des employés de Iegor Auctions, où il officie en tant que directeur du département “Art asiatique”.

L’autre figure locale de l’UMP proche de Iegor de Saint-Hippolyte n’est autre que Jeanine de Feydeau, la directrice de campagne de Frédéric Lefebvre pour le Canada. Elle est justement l’organisatrice de la soirée du 2 avril.

Contactée par Owni sur ces divers liens, Jeanine de Feydeau a préféré laisser répondre le directeur adjoint de la campagne au Canada, Stéphane Minson. Lequel nous a expliqué, lors d’un entretien téléphonique d’une vingtaine de minutes, comment Iegor Auctions avait offert son hospitalité à l’occasion du “meeting des Encans” :

Je peux vous garantir que la salle a été fournie à titre personnel et gratuit. Elle n’a coûté absolument rien au candidat.

De bonnes intentions qui pourraient entrer en contradiction avec les textes. Selon l’article L52-8 du Code électoral, la fourniture de services par une société comme le prêt d’une salle de meeting est prohibée :

Les personnes morales [terme juridique pour qualifier les sociétés, NDLR] (…) ne peuvent participer au financement de la campagne électorale d’un candidat ni en lui consentant des dons sous quelque forme que ce soit, ni en lui fournissant des biens, services ou autres avantages directs ou indirects à des prix inférieurs à ceux qui sont habituellement pratiqués.

Relais

Avec une petite subtilité, néanmoins. En effet, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), l’organisme chargé de vérifier les dépenses de campagne des candidats, accorde une qualification “électorale” aux réunions de militants où figure un “relais d’opinion”, comme l’indique son site Internet. Si aucun relais d’opinion ne se présente, les dépenses effectuées lors d’une réunion de militants ne doivent pas, dès lors, figurer au compte de campagne du candidat.

Mais pour le “meeting des Encans”, le journaliste du bureau de Montréal de l’Agence France presse (AFP) a confirmé sa présence à Owni. La réunion revêt donc un caractère électoral, et la non-retranscription dans le compte de campagne des frais de location de la salle des Encans devrait entraîner une contestation. Le carton d’invitation évoque une réunion entre amis. Mais quand il parle du “meeting des Encans” sur son blog de campagne, dans un billet du 13 mai dernier, Frédéric Lefebvre la qualifie lui-même de réunion publique :

De la même façon, lors de ma grande réunion publique au magnifique Hôtel des Encans il y a quelques mois, avec tant de compatriotes et tant de jeunes autour de Thibault Duval. Quelle émotion dans cette salle mythique.

Tontons Flingueurs

Des réunions sur invitation comme celle de l’Hôtel des Encans, Frédéric Lefebvre en a tenu plusieurs. L’entretien avec le directeur adjoint de sa campagne pour le Canada, Stéphane Minson, en a révélé d’autres :

Notre objectif est de faire ce qu’on pourrait appeler de la ‘politique non-spectacle”. On ne se retrouve qu’entre amis. Chacun paie sa part et a plaisir à le faire. Ce qu’on souhaite, c’est obtenir un budget égal à zéro : zéro dépenses.

Encore une fois, l’absence de mention de ces dépenses sur le compte de campagne n’est contraire à la loi que si un relais d’opinion est présent parmi les militants. Owni a retrouvé la trace d’au moins deux réunions sur invitation qui se sont tenues dans des restaurants montréalais et en présence de la presse québécoise.

Le premier de ces meetings privés a lieu le 2 avril dernier, le même jour que celui de l’Hôtel des Encans, un peu plus tôt dans la journée. Une douzaine de militants UMP sont alors conviés à un repas dans la crêperie Les Tontons Flingueurs (ça ne s’invente pas), aux côtés du journaliste de Radio-Canada Franck Desoer, qui les interroge pour un reportage consacré, entre autres, aux élections législatives au Québec.

Mais ce jour-là, c’est le gérant des Tontons Flingueurs qui paie son repas ou plutôt, selon le droit électoral, la personne morale du restaurant. Comme pour Iegor Auctions, cette aide en nature est à même d’être déclarée illégale par la Commission nationale des comptes de campagne. Interrogée par Owni, l’une de ses porte-parole confirme, tout en précisant qu’il ne s’agit pas d’une “décision” mais d’une “réponse a priori, que cette invitation peut être considérée comme le “concours d’une personne morale à la campagne d’un candidat”.

Parce qu’il n’y a pas de petits profits, chacun des militants est également sommé de payer sa part ce midi du 2 avril. Pour cela, cependant, “rien ne devrait être considéré comme illégal”, selon l’interlocutrice de la Commission nationale des comptes de campagne que nous avons jointe.

Très récemment, cette situation s’est répétée à l’identique dans un autre restaurant de Montréal. Le 23 mai dernier, un dîner militant est organisé au Plein-Sud, toujours en présence de la presse, comme le confirment deux images présentes sur la page Facebook officielle de Frédéric Lefebvre – la première représente une interview avec la télévision de Radio-Canada tandis que deux caméras de télévision sont visibles sur la seconde.

Le carton d’invitation pour cette soirée obtenu par Owni annonce encore une fois la couleur, en indiquant aux militants que le menu “entrée, plat, dessert” leur en coûtera 30 dollars :

Recadrage

Les mêmes doutes que précédemment subsistent. Frédéric Lefebvre a jusqu’au 14 septembre prochain – voire jusqu’au 28 septembre s’il passe le premier tour – pour déposer son compte de campagne définitif auprès de la Commission qui devra l’examiner. Il lui reste donc plus de trois mois pour demander à ces généreuses entreprises de produire les factures qu’elles ont réglées à sa place et qui manquent à son relevé de dépenses.

S’il y parvient, le ténor de l’UMP n’aura donc sans doute rien à craindre de la loi. Un recadrage de ses proches s’imposera sûrement, en revanche. Toujours convaincu de la légalité de sa démarche, Stéphane Minson termine son entretien sur ces mots :

Vous savez, c’est pas facile de trouver une salle gratuite à Montréal. Je garde la surprise, mais pour un autre grand déplacement lors du deuxième tour, on s’est arrangé pour ça ne coûte rien au candidat.


Photographie de Jean-Michel Sicot ©/Fedephoto. Portrait de Frédéric Lefebvre à Bercy en janvier 2011 pour les voeux à la presse. Edition par Ophelia Noor pour Owni /-)

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Le Québec vibre http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/ http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/#comments Tue, 22 May 2012 16:14:22 +0000 Anaïs Richardin http://owni.fr/?p=110927

100. C’est le nombre de jours qui se sont écoulés depuis qu’a débuté le “printemps érable”, ce mouvement des étudiants québécois contre l’augmentation programmée de leurs frais de scolarité. D’ici 2017, ils pourraient ainsi passer de 2 168 dollars à 3 793 dollars par an, soit une augmentation de 75%.

Mais depuis vendredi, la contestation s’est étendue à toute la population, suite à la promulgation d’une loi spéciale.  Votée après vingt-et-une heures de débat, la loi 78 vise à limiter toute manifestation et à éradiquer les piquets de grève devant les établissements universitaires, jusqu’en juillet 2013. Les organisateurs de manifestations sont désormais tenus de prévenir huit heures à l’avance les autorités pour tout événement rassemblant plus de cinquante personnes. Ils doivent en communiquer le parcours ainsi que la durée. Rien que nous ne connaissions déjà en France.

Mais pour les Québécois, très syndiqués, cette mesure, qui vise en premier lieu à museler les étudiants, prive surtout la population dans sa globalité de sa liberté d’expression et de sa liberté d’association. En cas de non-respect de la loi, les sanctions sont drastiques : de 1 000 à 7 000 dollars d’amende pour un individu et jusqu’à 125 000 dollars pour une association. Pour Moïse Marcoux-Chabot, documentariste québécois, cette loi censée ramener l’ordre a eu l’effet inverse :

Supposée ramener l’ordre, cette loi est aujourd’hui en passe de devenir l’objet et la motivation principale de la manifestation.

Au lendemain de la promulgation de la loi, la 27ème manifestation nocturne (et consécutive) des étudiants était déclarée illégale par le service de police de la ville de Montréal, dix minutes après avoir commencé. La situation a rapidement tourné au grabuge : trois cents arrestations, une dizaine de blessés dont un blessé grave dénombrés le lendemain.

Brutalités

De nombreux journalistes ont été arrêtés avant d’être finalement relâchés une fois leur identité vérifiée. Un soulèvement et une répression sans précédent au Québec, réputée pour être du coté tranquille de la force. Et c’est par le biais d’un tweet que les manifestants ont vite été prévenus de l’illégalité de leur mouvement :

Aujourd’hui, manifestants et forces de police s’affrontent dans les rues comme sur les réseaux. La police de Montréal, déjà très présente sur Twitter, live-tweete les actions de ses brigades et le parcours des manifestants. À chaque manifestation nocturne, les messages de 140 signes s’enchainent, rassurent, dédramatisent, informent ou désinforment les 29 000 twittos qui suivent le compte @spvm. Les questions abondent et les accusations de brutalité policières pleuvent. Des accusations qui ne nous étonneraient pas en France où la défiance à l’égard des forces policières est fort, mais au Québec, où la confiance est maitresse, ces messages courts et incisifs semblent montrer un basculement progressif de l’opinion vis-à-vis des forces de police.

En cause, les dispositifs de sousveillance ou copwatching (consistant à surveiller les surveillants) gérés par de nombreux manifestants qui publient des vidéos, parfois sans contexte, montrant le comportement agressif de certains policiers. Sur Facebook, une vidéothèque a même été montée, alimentée par les 410 membres pour inciter les grands médias à parler de ces dérapages. Si les sources et le contexte sont insuffisants, les vidéos sont explicites : coups de matraques, voiture de police vs manifestants, et usage abusif de bombes lacrymogènes sur des manifestants certes un peu provocateurs mais pas agressifs. Cette page Facebook illustre bien la désobéissance qui peut naitre sur internet, selon le concept d’”electronic civil disobedience” (ECD), qui a émergé dans les années 90.

Sur Twitter, les mêmes hashtags #manifencours #GGI (Grève Générale Illimitée) sont utilisés à la fois par les manifestants et par les forces de police. Pourtant, le risque d’une utilisation des tweets par la police pour tracer et sanctionner les manifestants n’est pas à écarter. Une méthode laissée cependant à l’appréciation du juge comme l’indique la nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui a remplacé au pied levé Line Beauchamp après sa démission :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Loi matraque

Face à la probable instrumentalisation judiciaire de Twitter, @leclown, un twittos français a décidé de contourner la législation et d’offrir aux Québécois un espace de parole bien chaud, protégé et anonyme. Le compte @manifencoursQbc propose ainsi depuis lundi de retwitter anonymement les messages privés qui lui sont envoyés. Pour le moment, seuls 372 utilisateurs se servent de ce robot. Si les utilisateurs de Twitter ne semblent pas inquiets, l’épluchage du réseau par la police est tout à fait envisageable pour @leClown :

Un grand nombre de personnes dévoilent leur véritable identité sur Twitter et je suppose que cela peut faciliter le travail d’une police déterminée à identifier les personnes diffusant des messages allant a l’encontre de l’ordre établi. Les réseaux sociaux peuvent être légalement passés au peigne fin. C’est cela qui m’a incité a créer le robot manifencoursqbc

Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers

Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers

Déterminé à punir tous les casseurs du Royaume-Uni, le gouvernement britannique pourrait profiter de l'aubaine pour ...

Ses craintes sont étayées par des précédents récents puisque des réseaux sociaux ont déjà été utilisés pour condamner des manifestants. Lors des émeutes de l’été dernier au Royaume-uni, la Metropolitan Police a épluché les conversations Blackberry des émeutiers. Une dérive très Big brother qui, au Québec, n’écorne pas la détermination des manifestations à utiliser Internet.

Amir Khadir, député de Québec solidaire, un parti qui tend vers l’extrême gauche, a dénoncé la loi spéciale, surnommée “Loi matraque” et a appelé la population à “réfléchir à la possibilité de désobéir à cette loi de manière pacifique”. Le site arretezmoiquelqu’un.com agrège ainsi les photos des “désobéissants”. Lancée hier soir, 2 728 personnes ont déjà participé à cette opération, et le site ne cesse d’enregistrer de nouvelles contributions.

Des Anonymous ont apporté leur soutien en publiant deux vidéos–communiqués intitulées “OpQuébec” et diffusées sur YouTube depuis ce week-end.  Au vu de l’usage de termes français et non québécois, elles ne semblent pas avoir été créées par une frange québécoise du collectif informel, comme l’analyse Florent Daudens sur Radiocanada.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Devise

Devant l’entrave à la liberté d’association et d’expression que constitue la loi 78, des Anonymous ont appliqué leurs sanctions habituelles. Ce lundi, le site Internet du ministère de la Sécurité publique du Québec, ainsi que celui de la Déontologie policière ont été “défaçés”. Ainsi, en lieu et place du site d’origine, on pouvait lire la devise Anonymous sur fond blanc :

Attaque DDos d'Anonymous

Cette grève étudiante est la plus importante que le pays ait connu avec un pic de  200 000 à 300 000 manifestants (pour sept millions d’habitants) qui ont défilé dans les rues de Montréal le 22 mars 2012, attirant les médias internationaux. Laquelle a récemment trouvé un second souffle dans la fronde grandissante des rues québécoises depuis samedi. En soutien, de nombreux rassemblements sont organisés aujourd’hui à New York ou à Paris, comme l’indique Occupy Paris sur son compte Twitter.

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Pige et journalisme scientifique, même combat http://owni.fr/2010/11/09/pige-et-journalisme-scientifique-meme-combat/ http://owni.fr/2010/11/09/pige-et-journalisme-scientifique-meme-combat/#comments Tue, 09 Nov 2010 08:49:50 +0000 pascallapointe http://owni.fr/?p=33239 Cet article a été publié sur le site de l’Agence Science-Presse, média indépendant Canadien.

Si le journalisme de demain est voué à devenir un métier de plus en plus précaire, en quoi cela affectera-t-il le journalisme scientifique ? En mal, parce que la course à la productivité favorise les sujets superficiels ? Ou en bien, parce que ça stimule la créativité ?

C’est là, grossièrement résumé, un des débats qui divise les observateurs de la pige, au Québec et ailleurs, depuis au moins 15 ans. Dans le camp des pro-créativité : ceux pour qui le journaliste pigiste est un « entrepreneur », un mot qui a ratissé de plus en plus large, au point où il en est pratiquement devenu, pour ses partisans, synonyme de « créatif ».

Dans le camp des inquiets : ceux qui, comme l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), dénoncent les piètres conditions de travail… et le fait qu’elles trouvent encore le moyen de reculer. Comme on peut le lire dans cette vidéo récente de l’AJIQ :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les tarifs du journaliste indépendant – Salaire compte tenu de l’inflation, 1980-2010 : moins 163%. Le journaliste indépendant cède ses droits : 1) d’auteur 2) moraux. Convergence des médias = pouvoir de négociation : zéro.

Or, si le journalisme scientifique a une particularité, c’est que même des scientifiques se sont ouvertement inquiétés des conditions de travail des journalistes. Les Britanniques Jane Gregory et Martin Bauer par exemple, dans un article sur la communication scientifique paru en 2003 :

La situation professionnelle du journaliste est de plus en plus incertaine, voire précaire… Entre 1984 et 1994, la production quotidienne de la presse écrite au Royaume-Uni a presque doublé, mais les effectifs des journaux ont à peine augmenté… Les relations publiques, par contre, forment un domaine des plus prometteurs. C’est un secteur en pleine croissance, qui offre de bons salaires et un milieu privilégié de réinsertion professionnelle pour d’anciens journalistes… Subissant ces pressions, les journalistes deviennent de plus en plus dépendants de sources d’information pré-élaborées, limitant ainsi leur propre apport à la rédaction, au résumé et à la personnalisation…

Plus récemment, les climatologues ont eu encore plus de raisons de s’inquiéter. Ainsi, l’équipe du blogue Real Climate en février dernier :

À ceux qui sont familiers avec la science et le travail du GIEC, l’actuelle discussion médiatique est en bonne partie absurde et surréaliste. Des journalistes qui n’ont jamais même feuilleté le rapport du GIEC sont maintenant scandalisés qu’un chiffre erroné apparaisse à la page 493 du volume 2. Nous avons rencontré des gens de télé venus filmer un rapport sur les erreurs du GIEC, et qui étaient surpris lorsqu’ils tenaient dans leurs mains un des lourds volumes : ils n’en avaient jamais vu. Ils nous disaient franchement être incapables de porter leur propre jugement : ils pouvaient seulement rapporter ce qui leur était dit. Et il y a un lobby très bien organisé, avec des relationnistes talentueux, qui s’assure que ces journalistes se fassent dire la « bonne » histoire.

Les scientifiques au secours des journalistes ?

Si les journalistes ont besoin d’alliés dans leur lutte pour une information de qualité, les scientifiques pourraient-ils être ces alliés ? Autrement dit, scientifiques, vous rêvez qu’il y ait du meilleur journalisme ? Réclamez de meilleures conditions de travail pour les journalistes pigistes ! Un éditorial de Nature, il y a presque un an jour pour jour, disait à ce sujet :

Les scientifiques ont peu de pouvoirs devant cette saignée. Mais n’importe quel geste pour engager le dialogue avec les personnes concernées ou pour assurer la survie d’un journalisme scientifique critique, serait salutaire.

C’est en effet une attitude qui serait certainement plus salutaire que celle consistant à accuser les journalistes de tous les maux. Leur fournir une meilleure formation en science, comme le veut le premier réflexe du scientifique, ne servira pas à grand-chose si, par la suite, les journalistes n’ont pas les moyens de s’en servir.

En fait, des pistes de solution sont déjà évoquées : l’hypothèse des médias subventionnés ou commandités par une université, comme le e360 que j’évoquais ici, est une des pistes envisagées (au Québec, des subventions gouvernementales d’aide à la vulgarisation scientifique existent déjà). Un coup de pouce gouvernemental, par voie légale, objectif que poursuit l’AJIQ, est l’autre piste : on pense à l’octroi aux journalistes indépendants d’un statut qui les protègerait un peu (le modèle de l’Union des artistes est évoqué, parce qu’il garantit des tarifs minimaux lors de la signature d’un contrat).

Décision pas facile pour un politicien —il y a peu de votes à y gagner. Mais facile à justifier si on croit, comme société, à l’importance d’une information de qualité.

>> Images CC Flickr : garryknight et philippe leroyer

>> Article initialement publié sur le site de l’Agence Science-Presse

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http://owni.fr/2010/11/09/pige-et-journalisme-scientifique-meme-combat/feed/ 1
Vendredi c’est Graphism ! S01E09 http://owni.fr/2010/10/08/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e09/ http://owni.fr/2010/10/08/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e09/#comments Fri, 08 Oct 2010 09:00:00 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=30749 Un grand bonjour graphique à toutes et tous,

Une belle actualité graphique cette semaine dans Vendredi c’est Graphism! avec beaucoup de sujets assez divers ! Si ça vous tente, on parlera aujourd’hui Open Source & Design, on fera également un point sur le nouveau logo de GAP & le dernier showreel de Genki Ito (assez bluffant!). On enchainera ensuite avec le travail pixel & jeu vidéo de Jonathan Ball, puis je vous inviterai à regarder un projet de design du CIID. Pour finir, on va relativiser sur “la couleur” dans le design et un bon WTF bourré d’insultes québécoises ;-)

Voici une réflexion menée entre mon ami Avétis & moi-même sur les questions d’opensource & de design. En effet, l’idéologie opensource est très présente dans certaines sphères du web, de développeurs, etc. mais encore assez rare chez les designers, voire quasi inexistante. Pourtant, les outils (pas forcément les outils de création, mais tous les autres) que nous utilisons sont nombreux a être sous licence opensource.


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Quelques questions :

1 – Serait-il possible d’imaginer, pour faire face aux efforts des développeurs qui travaillent sur des projets opensource, que tous les designers qui utilisent des applications opensource puissent aider un projet opensource — pas obligatoirement un qu’ils utilisent — à se faire une beauté, une identité visuelle, une affiche, à communiquer sur leur existence. On le sait, les applications opensource manquent souvent d’une bonne interface, d’un bon logo, d’une bonne touche graphique et cette forme de donation pourrait apporter un bien fou à la communauté opensource. On pourrait même imaginer un petit portail web à cet effet.

2 – Au-delà de ce côté participatif, la diffusion avec les sources des travaux des designers serait également un gros plus pour les projets opensource. On sait très bien que dans le milieu professionnel, les sources ont une valeur financière, qu’il est possible de les vendre. Ici, avec l’opensource, à l’instar des logiciels, les designers laisseraient leurs sources à dispositions.

3 - Selon-vous, quelle licence creative commons correspondrait le mieux à cette forme d’échange de bons procédés ?

4 – Si des sources graphiques sont diffusées avec un projet opensource, il serait intéressant qu’elles le soient dans un format libre et ouvert. il arrive très souvent qu’un logo soit partagé par son créateur dans le format AI (ou pdf) propriétaire. (remarque ajoutée par lolobobo en commentaire)

Voilà, le terrain est en friche, je vous invite à y réfléchir également et pourquoi pas, proposer vos propres idées !

source

Dans l’actualité design & graphisme de la semaine, voici un petit évènement qui a fait beaucoup de bruit chez les designers & de nombreux curieux. Il s’agit du nouveau logo de GAP qui a pris un virage à 180 degrés.

Fondée en 1969 à San Francisco, Gap est l’une des marques les plus populaires de prêt à porter aux États-Unis. Avec 1140 magasins en Amérique et près de 300 autres à l’étranger, Gap possède une visibilité très large et une bonne image auprès de son public. Mais voilà, Gap a lancé très discrètement son nouveau logo avant-hier. Au début, j’ai cru à un “fake” comme l’on dit, mais non, c’est bel et bien le nouveau logo.

Avec la Helvetica pour typographie, zéro prise de risque, on se retrouve avec un logo tout à fait standardisé. Le petit carré ombré dans le coin n’aide pas non plus le logo en lui apportant un côté presque bas de gamme. Pour encore un peu plus de fun, un compte Twitter a même surgi 24 heures après la sortie du logo. Et le pire c’est que GAP est resté muet et qu’aucun communiqué de presse officiel a expliqué le travail sur ce logo.

source & source

On enchaine avec la sortie cette semaine du showreel (vidéo de présentation) du talentueux designer Genki Ito. Ce jeune homme a rejoint W + K Tokyo Lab en 2004 et a travaillé depuis sur des projets aux grands noms tels que Google, Nike ou encore PlayStation. Il a également reçu plusieurs prix de design… mérités !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

On s’éloigne du design de quelques pas pour jeter un œil du côté de l’illustration et notamment avec ces mondes inspirés de l’univers 8-bit et celui du jeu vidéo. Réalisées par l’illustrateur et designer anglais Jonathan Ball, ces créations sont pleines de couleurs de joie et de détails. L’idée globale que l’auteur présente est que les jeux 8-bit peuvent gouverner le monde, tout simplement ;-)

source

Voici ensuite un projet assez intéressant intitulé LSSE pour Locate, Support, Survive, Endure. Ce projet, réalisé par Ishac Bertran (étudiant en design au Copenhagen Institute of Interaction) est prévu pour relier des survivants, les secouristes et les bénévoles en cas de catastrophe de grande envergure. Le tout fonctionne avec de la visioconférence et de la cartographie. Les informations sont envoyées à un tableau de bord central, sur lequel les responsables des secours gèrent tous les aspects logistiques.

Ce réseau est donc utilisé à différents niveaux :

  • pour le choix matériel emporté par les secouristes
  • pour garder un certain calme au sein des survivants
  • pour communiquer avec sa famille

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

On continue le tour de la semaine avec cette belle image que Jacinthe Busson, designer & ergonome a bloggué cette semaine. Il s’agit là d’un topo sur les liens entre la couleur, son aspect et ses répercutions sonnantes et trébuchantes sur le commerce. Loin de poser un dogme sur la signification des couleurs, cette grande visualisation nous rappelle quand même des éléments fondamentaux.

Jacinthe en extrait quelques chiffres :

  • 52% des clients ne reviennent pas sur un site web à cause de son esthétique.
  • 42% des consommateurs fondent leur opinion sur la conception globale d’un site web.
  • 60% des consommateurs se sentent à l’aise et sont plus susceptible d’acheter un produit qui a le mot «garantie» qui lui est associée.

source

On termine la semaine avec du bon WTF québécois comme on les aime !  Réalisés par le Tampographe Sardon, ces tampons sont une superbe collection des insultes québécoises les plus drôles, prenantes et les plus vulgaires ! Mais pourquoi est-il si méchant ? ;-)

source

Un petit mot de la fin sous forme d’image ;-)

http://avetisk.mun-corp.org/
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http://owni.fr/2010/10/08/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e09/feed/ 4
Les futurs du livre http://owni.fr/2010/09/17/les-futures-du-livre/ http://owni.fr/2010/09/17/les-futures-du-livre/#comments Fri, 17 Sep 2010 09:25:20 +0000 Esperluette (Café du Web) http://owni.fr/?p=28414 En dépit d’une moisson encore plus fructueuse qu’en 2009 (si on exclut les surplus qui iront au pilon), cette rentrée littéraire sera marquée par la mort annoncée du livre imprimé. On en parle depuis une bonne décennie mais les événements récents indiquent que la révolution est bien en marche. L’arrivée de nouveaux appareils contribue à démocratiser l’ebook et de nouvelles plateformes de téléchargement sont créées presque chaque jour. Les polémiques opposant les défenseurs de l’imprimerie aux aficionados du numérique s’essoufflent, tandis que se multiplient les débats sur l’ avenir des librairies traditionnelles et des bibliothèques, l’instauration d’un prix unique du livre ou d’un taux de TVA réduit, l’intégration de publicités dans les textes, la censure, le piratage, les droits d’auteurs, l’écologie électronique, etc.
Lors d’une conférence à Lake Tahoe (Californie) en août dernier, l’informaticien Nicholas Negroponte, professeur au MIT de Boston, a prédit la mort du livre papier pour 2015. Le professeur Peter Cochrane, un autre futurologue américain, prétend quant à lui que d’ici 20 à 30 ans, les ouvrages imprimés seront devenus de couteux objets de collection, que l’on exposera dans les musées, à l’instar des antiques machines à écrire mécaniques. Les chiffres qui paraissent régulièrement dans la presse semblent leur donner raison.

Néanmoins, une étude publiée sur le site du Sénat français envisage deux scénarios différents. En France 15% des lecteurs achètent 50% des livres. Dans l’hypothèse où ceux qui lisent le plus « basculeraient » et s’équiperaient progressivement (d’ici 2050) de tablettes de lecture numériques ou de smartphones, ce sont donc la moitié des livres papier publiés annuellement qui pourraient disparaître (scénario 2). Cependant, lors d’une conférence de presse en mai 2009, Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, a déclaré que jusqu’à présent le Kindle n’avait pas suscité de diminution des ventes de livres papier. Les acheteurs de livres numériques continuent d’acheter des livres papier, auxquels viennent s’ajouter l’acquisition de 1,6 à 1,7 livres numériques par livre papier vendu (scénario 1).

Scénario 2 : cannibalisation du livre papier par le livre numérique


Le mois dernier, le Wall Street Journal a publié les résultats d’une étude sur les pratiques des lecteurs sur tablettes (Kindle, Sony Reader et autres iPad). On apprenait ainsi que 40% des utilisateurs lisent plus depuis qu’ils sont équipés d’un lecteur ebook, soit en moyenne 2,6 livres par mois contre 1,9 pour les fidèles des livres imprimés. Il faut noter qu’ils téléchargent 52% d’ouvrages libres de droits. Aux États-Unis, les ventes d’ebooks ont augmenté de 176% en 2009 tandis que les livres papiers diminuaient de 1.8%.

Dans un autre article, le Wall Street Journal révèle que le dernier polar de la romancière Laura Lippman, paru le 17 août, s’est vendu à 4.739 exemplaires en version numérique contre 4.000 en papier en cinq jours. Son éditeur, HarperCollins réalise actuellement 8% de son chiffre d’affaires sur les ebooks, avec une perspective à 20- 25% d’ici la fin 2012.

Le PC reste le support le plus utilisé par les Américains (44% des usagers en janvier 2010) mais il décline au profit des e-readers (36%). L’iPad, développé par Apple, propose le catalogue le plus vaste de téléchargement et domine actuellement le marché. Ces concurrents (Amazon, Barnes & Noble et Borders) se sont lancés dans une impitoyable guerre des prix. Le Kindle est passé de 259 $ à 189 $ et le Nook de 259 $ à 199 $. Les magasins Borders de leur coté soldent le Kobo à 100 € et lancent le modèle Aluratek à 99 $. En juillet, Amazon a annoncé que ses ventes avaient triplé depuis la baisse des prix. En trois mois, le géant américain aurait vendu 143 livres Kindle pour 100 Hardcovers (livres reliés en grand format). Ces chiffres ne tiennent donc pas compte des paperbacks (les livres à couvertures souples et les collections de poche). Sony réplique avec le lancement de deux nouvelles gammes d’appareils: le Reader Touch Edition et le Reader Pocket Edition.


Tous ces indicateurs sont impressionnants mais il faut les replacer dans leur cadre. Au Japon, le pays le plus avancé dans la transition vers le livre numérique, la part de l’ebook ne représentait pas plus de 3% à 6 % (selon les sources) du marché du livre en 2009. Les e-readers japonais utilisent encore essentiellement leurs téléphones portables et, en dépit d’une hausse de près de 24% en un an, le marché présente des symptômes d’essoufflement. Les ouvrages téléchargés ont généré 57,4 milliards de yens (522 millions d’euros) entre avril 2009 et mars 2010. Ce marché est largement dominé par les contenus pour adultes et les mangas (89 % des ouvrages numérisés). Les codes des livres graphiques diffèrent beaucoup de ceux de l’édition traditionnelle. Les keitai shousetsu (romans pour mobiles), qui connaissent un succès phénoménal (jusqu’à 10 millions de téléchargements), sont généralement écrits sur et pour des smarphones (Nokia, Blackberry, Apple…). Ils utilisent les abréviations, le style de l’écriture SMS et sont publiés sous forme de feuilletons. Des mangas sur mobiles ont été lancé en Grande-Bretagne et en France, à l’occasion du Japan Expo.
NTT Docomo, numéro 1 de la téléphonie mobile au Japon, a annoncé la mise en place d’un partenariat avec Dai Nippon Printing, le géant de l’édition, en vue de concevoir son propre lecteur numérique. À cela s’ajoute la création d’une librairie numérique proposant quelques 100 000 titres (mangas et romans) dès le mois octobre prochain. L’entreprise japonaise ambitionne de porter son catalogue à 300 000 titres, d’ici à la fin de l’année 2011, qui seront disponibles sur tous les supports existants.
Une autre étude a été réalisée en Chine, à l’occasion du salon du livre à Pékin (du 30 août au 3 septembre dernier). Sur les 150 milliards de dollars que représentent l’édition, près de 12 milliards sont générés par la vente de livres numériques.

Embryonnaire en France

En Belgique, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, le marché du livre numérique est encore embryonnaire et ne représente guère plus de 1% du chiffre d’affaires des éditeurs. Selon Arnaud Nourry, le P-DG d’Hachette Livre, le marché ne décollera pas avant 2012-2013 en France et en Grande Bretagne.
En mars dernier, le Figaro littéraire a publié les résultats d’une étude de l’institut OpinionWay sur les pratiques de lecture des Français. Une personne sur cinq pense passer au numérique dans un avenir proche, via un écran d’ordinateur (11%), un e-book (7%), un téléphone mobile (2%) ou l’écoute d’un CD lu par un comédien (2%). Une autre étude, menée par l’Observatoire de la BD numérique, en février et mars 2010, vient confirmer ces résultats puisque 70% des internautes favorisent le papier. Néanmoins, 45 % d’entre eux considèrent le smartphone comme un outil complémentaire pour la lecture de BD.


Au premier semestre 2009, le nombre de livres téléchargés était évalué à 65 000 volumes de l’autre coté du Rhin contre 25 000 livres numérisés hors domaine public en France. Ils ont rapporté 30 à 40 millions d’euros aux éditeurs de l’Hexagone, l’essentiel des supports physiques étant les CD et DVD. Pour cette rentrée littéraire 2010, les lecteurs se verront néanmoins proposer 80 nouveautés numériques contre 700 papiers. À l’heure actuelle trois plateformes de téléchargement couvrent 80% de l’offre numérique : Numilog, la filiale d’Hachette, e-Plateforme pour Editis et Média Participations, ainsi qu’Eden Livres pour Flammarion, Gallimard et La Martinière. Numilog a récemment conclu des partenariats avec Carrefour et Darty, qui ont désormais leur fast-food culturel. Média Participations, qui regroupe Dargaud, Lombard, Dupuis, Casterman, Fluide Glacial et Bamboo a ouvert son portail Iznéo, à l’occasion du Salon du livre, le 26 mars dernier. Il s’agit d’une plateforme entièrement dédié à la bande dessinée numérique. Les éditions Glénat, de leur coté, se sont associées à Ave!Comics Production pour propulser un catalogue numérique dont les titres sont également disponibles sur les boutiques en ligne Appstore, Relay et BDgest.

Les éditeurs de science-fiction ont à leur tour pris quelques initiatives, à l’occasion de cette rentrée littéraire 2010. On peut mentionner l’ouverture de la plateforme e-Bélial en août, la numérisation des Enfants de Hurin de Tolkien (aux éditions Bourgeois) ou d’épisode des Derniers hommes de Pierre Bordage (aux éditions au Diable Vauvert). Par ailleurs, quelques librairies indépendantes, telle Gibert Jeune à Paris, se sont d’ores et déjà préparées à négocier le tournant de la révolution numérique. Elles peuvent, par exemple, passer par des revendeurs spécialisés comme les librairies e-pagine ou Immatériel.fr.

En Suisse romande, l’OLF (l’Office du livre) s’est déjà donné les moyens de défendre les librairies indépendantes, grâce à la création du site e-readers.ch. Par l’intermédiaire de cette plateforme de téléchargement, les internautes peuvent sélectionner la librairie de leur choix qui perçoit environ 25% de commission sur la vente des livres numériques. Parmi elles, il y a également de grosses librairies comme Payot et la Fnac. Par ailleurs, deux maisons d’éditions françaises, Gallimard et de Seuil, participent à cette initiative. Actuellement, 30 000 livres à télécharger sont disponibles sur la plateforme e-readers.ch, dont 5000 ouvrages en français, 5000 en allemand et 20000 en anglais.
Au Québec, enfin, où le numérique représente environ 1% du chiffre d’affaire de l’édition, l’entrepôt numérique De Marque héberge les versions numériques de près de cinquante maisons d’édition. De Marque estime pouvoir rallier 85 % des éditeurs québécois à sa plateforme de distribution dans un avenir proche. Trois maisons dominent actuellement le secteur du livre numérique au Québec, avec plus de 1000 ventes chacune. Il s’agit des éditions Alire, des éditions Alto et des Guides de voyage Ulysse. Deux librairies en ligne, jelis.ca et livresquebecois.com, permettent également de se procurer des ouvrages téléchargeables.

Billet initialement publié sur le Café du Web

Images CC Flickr goXunuReviews

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http://owni.fr/2010/09/17/les-futures-du-livre/feed/ 5
Journalistes, laissez-vous les camelots titrer vos articles? http://owni.fr/2010/06/23/journalistes-laissez-vous-les-camelots-titrer-vos-articles/ http://owni.fr/2010/06/23/journalistes-laissez-vous-les-camelots-titrer-vos-articles/#comments Wed, 23 Jun 2010 16:29:26 +0000 Martin Lessard http://owni.fr/?p=20027 En cette époque charnière où le web tout puissant semble saper les bases de la presse papier, j’ai interrogé le moteur de recherche de mon journal favori (Le Devoir) pour connaître justement ce qu’il avait à dire sur le sujet. La surprise n’est pas venue d’où je pensais.

On subodore parfois des réalités rien qu’à voir les types de résultats de recherche. Ma petite expérience ne fait pas exception. Promenons-nous dans les bois numériques.

Web, y es-tu?

Avec la requête “web” (difficile de faire plus vague), j’ai interrogé le site du Devoir. Résultat ? Rien. Nada. Que dalle. Vide. Pas de résultat. Ah si ! La page d’aide. Et celle du centenaire du journal, allez savoir pourquoi !

Bruegel:  La Parabole des aveuglesBon j’imagine que le mot est soit mal indexé, ou, vraisemblablement, exclu de la base de données pour des raisons de configurations obscures mal réglées (genre : toutes les pages “web” sortaient, ou quelque chose comme ça).

Compréhensible, mais étrange. Comme si vous interrogiez la banque de données des journaux, mais sans pouvoir utiliser le mot “journal”.

Internet, y es-tu ?

Alors j’essaye “Internet” (hé oui, on peut faire effectivement plus vague) dans le moteur du Devoir. Résultats ? Aaah ! Mieux ! Il y a au-dessus de 10 000 articles !

Euh… Mieux ? Techniquement oui. Mais qualitativement, non. L’occurrence “Internet” était dans la plupart des cas un mot plus que secondaire dans les articles que le moteur a ressortis.

Compréhensible, mais décevant : voyez par vous-même les dix premiers résultats. Voici les trois premiers trouvés ce matin :

- Lucia Ferretti : “Le Québec est bel et bien une société distincte au Canada” [sur la religion]
- Des chantiers paralysés ? [sur la construction]
- En bref – Magazines éducatifs pour les écoles [sur des magazines papier !! ]

Le reste est du même acabit. Donc, non, ce ne sont pas des articles sur “Internet“…

Le Devoir n’a pas à se sentir seul, il est en bonne compagnie. La Presse aussi n’a pas tout à fait bien attaché ses souliers : une recherche sur “Internet” donne un résultat tout aussi mitigé.

Promenons-nous dans les bois pendant que le journaliste n’y est pas

Un bon programmeur définit la fonction “recherche” sur un site comme une “requête à la base de données”. Et la page contenant les réponses à la requête tombe du coup sous sa responsabilité. Grave erreur. Ce n’est pas de la programmation ! C’est de l’information que vous retournez !

Tout échange d’information est de l’information. Une requête à la base de donnée est un échange d’information, donc tombe dans la cours des journalistes.

Ce que vous mettez en page est de l’information. Ce que votre moteur de recherche affiche est de l’information.

Vous ne laissez pas vos camelots titrer vos articles ? Ne laissez pas les TI gérer les résultats de recherche ! Assurez-vous que vous avez le contrôle pour pondérer les pages.

La révolution menée par des amnésiques

Le Devoir
titrait la semaine dernière “Le train numérique passe, le Québec reste à quai” en parlant du retard de plus en plus irrattrapable dans les technologies de l’information au Québec qui isole lentement le pays parmi le tiers-monde du savoir numérique, faute de colonne vertébrale politique et d’attentisme commerçant.

Comme on connaît la propension des journalistes à vouloir guider avec leur lanterne le peuple et les dirigeants dans le flou obscure de la réalité de la vie, on se demande si on ne suit pas nous même ces aveugles. Ou plutôt ces amnésiques. À lire leur moteur de recherche, on peut penser que oui.

Journaliste, y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?

Bien sûr, il s’en écrit des choses sur “Internet” et le “web” dans ces journaux, mais sans trace, comment pensent-ils avoir une perspective cohérente sur les changements en cours ? Via leur moteur de recherche, ils donnent à penser qu’ils n’ont pas de réflexion profonde sur le sujet.

“Le train numérique passe, mais les cheminots sont au bar”

À bien y regarder, bien sûr il y a quelques chroniqueurs qui se sont laissé aller à donner leur avis. En général sur leur blogue. Plus rarement dans le journal papier. Mais pas souvent un article de fond ou débat sur le sujet émergeant –souvent c’est après coup.

Après on s’étonne du “retard” dans la perception des gens face aux changement causé par le numérique…

Je soupçonne que les journalistes ont accès à un outil de recherche plus performant à l’interne. Mais pourtant régulièrement ils citant des sources hors de leur journal, hors du pays.

Le New York Times, par exemple.

Juste avec ce journal américain, dans la dernière semaine, avec les requêtes “web” et “Internet“, on trouve des articles stimulants sur la compréhension d’Internet et de leur impact sur nos vies et la société en général. Juste dans la dernière semaine !

- The defense of computers, the Internet and our brains.
- Internet breathes new life into clock radio.
- 22 percent of Internet time is social, Nielsen says.
- South Korea expands aid for Internet addiction.
- Book review – The shallows – What the Internet is doing to our brain.

[5 liens parmi les seuls 10 que le NYTimes affichait ce matin pour "internet", dont 2 étaient des liens vers les catégories pertinentes. Pour en avoir plus, il faut passer par la recherche avancée par date]

Je peux comprendre la quantité – l’argent explique beaucoup de chose -, mais qualitativement, on devrait retrouver ça aussi chez nous, des articles de réflexion (Il n’y a que se pencher pour en ramasser à la pelle dans les bon réseaux sur la blogosphère)

Et on s’étonne qu’on ne cite pas souvent nos journaux francophones…

Et on s’étonne que le pays a du retard face au numérique.

Au fait… Je me demande s’il y a pas un lien de cause à effet à faire ?

PS : Allez, les bleus?
- Le Monde
, pour le mot “Internet” : 10 / 10
- Libé, pour le mot “internet” : 0/10
Comme pour leur équipe de foot, il faut en prendre et en laisser…

Billet initialement publié sur Zéro seconde ; images CC Flickr lupinehorror

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L’oeuvre ou le livre ? http://owni.fr/2010/03/05/loeuvre-ou-le-livre/ http://owni.fr/2010/03/05/loeuvre-ou-le-livre/#comments Fri, 05 Mar 2010 11:51:04 +0000 Serge-André Guay http://owni.fr/?p=9440 rosette1

Photo · skëne · sur Flickr

Dans le compte-rendu de sa participation à La Fabrique du numérique (Québec), l’écrivain québécois Dominic Bellavance écrit : « On m’a sermonné quand j’ai parlé de ”livre numérique”, mais il est vrai que l’on doit maintenant utiliser le terme ”œuvre numérique” qui englobe beaucoup plus de possibilités. »Source ] Le chroniqueur Michel Dumais allait dans le même sens en écrivant ce commentaire sur Twitter pendant le même événement : « On a cessé de parler de l’industrie du disque au profit de celle de la musique. On arrête de parler de livre? Industrie de l’œuvre ? » [ Source ]

On  se souviendra également du commentaire de l’auteur français François Bon peu avant l’événement : « ai été surpris retour en force du mot “livre” dans la présentation, pourtant évincé de la phrase principale du chapeau — ça dit bien un des enjeux de la rencontre : c’est comme faire du vélo sans roulettes, on n’est pas encore habitué à l’idée d’aller dans ces zones-là débarrassés de l’idée même du livre qui en a été le support non pas daté, mais datable — en gros : est-ce qu’on n’a pas déjà dépassé le stade d’une “métamorphose” du livre pour être dans l’éclosion d’usages neufs, sur des supports nouveaux aussi, et où transporter notre responsabilité de transmission, de création, d’imaginaire, n’impose pas forcément d’emporter l’ancien équilibre, et ne peut en aucun cas soulager ses marques grandissantes d’incapacité ou d’échec ? »

L’œuvre ou le livre ?


Il est aisé de comprendre cette demande de référence à l’œuvre plutôt qu’au livre chez ceux qui pratiquent de nouvelles formes d’écriture venues du numérique et du web. En effet, difficile d’affirmer qu’une série de billets publiés dans un

carnet web (blogue) soit un livre. Difficile aussi de considérer qu’une série de commentaires de 140 caractères maximum chacun publiée sur Twitter (site web d’échange social) soit un livre. À ces deux exemples s’ajoutent l’écriture collective, à plusieurs auteurs, sur un site web, l’écriture en direct sur un site web sous l’influence des commentaires des lecteurs, l’écriture avec des liens hypertextes conduisant à des définitions, des descriptions de lieux et de personnages…, l’écriture avec des vidéos intercalées, l’écriture en mise à jour constante, et que sais-je encore. On veut nous faire comprendre que toutes ces nouvelles formes d’écriture ne sont pas nécessairement des livres et qu’il vaut mieux parler d’œuvres.

Certes, allons-y avec œuvre. Mais il faut alors percevoir l’œuvre comme un simple manuscrit, le fruit d’une écriture qui n’est pas encore éditée. Dans le domaine traditionnel du livre, l’œuvre se présente d’abord sous la forme d’un manuscrit et ce n’est qu’une fois éditée qu’elle se présente sous la forme d’un livre. Et puisque l’édition ne se limite pas à une simple reproduction de l’œuvre sous la forme d’un livre, on parle de l’œuvre originale, le manuscrit soumis à l’éditeur, et de l’œuvre finale, c’est-à-dire le livre proposé aux lecteurs.

Si l’on veut parler de l’industrie de l’œuvre plutôt que du livre, il faut savoir que l’œuvre demeure au départ un produit brut. Une industrie de l’œuvre serait alors ni plus ni moins qu’un

e industrie de la matière première, une simple pile de manuscrits (papier et numériques) en tous genres sans aucun apport des éditeurs. Une industrie de l’œuvre nous ramène donc à un concept bien connu et fort populaire : l’autoédition.

Évidemment, il ne s’agit pas là de la vision des tenants de l’œuvre face au livre. La question suivante est posée à l’éditeur : n’y a-t-il pas un nouveau produit de transformation à tirer de ces œuvres nouvelles aux formes d’écriture tout aussi nouvelles, autre chose qu’un livre ? On veut attirer notre attention sur l’œuvre de peur que le livre nous aveugle et ne nous permette pas d’imager le ou les nouveaux produits de transformation de l’œuvre en remplacement du livre.

4 livres

Photo Wa So sur Flickr

Le modèle économique et le contenu

Du même coup, on suggère de ne pas s’attarder au modèle économique, comme le rapporte l’écrivain Dominic Bellavance dans

son compte-rendu de l’événement La fabrique du numérique : « J’espérais surtout sortir de cette journée en ayant fait prendre conscience aux acteurs du milieu qu’on avait besoin de définir des standards pour le contrat d’édition. Ma première grosse déception de la journée, une suggestion citée par Gilles Herman et qui a été applaudie dans toute la salle : « ne nous concentrons pas sur le modèle économique, il se définira lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus ». [ Source ] (Gilles Herman est directeur général et éditeur aux Éditions du Septentrion et il siège au comité du numérique de l’Association nationale des éditeurs de livres (Québec)). On peut comprendre la déception de l’écrivain face à cette suggestion d’autant plus qu’elle fut reléguée par un éditeur.

Clément Laberge, vice-président édition numérique chez la firme De Marque (Québec), apporte un bémol à la suggestion : «Exprimée à la fin de la première série d’atelier [citée par Gilles]: ”ne nous concentrons pas sur le modèle économique, il se définira lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus”. Je suis d’accord si cela est une invitation à définir les modèles par l’action, en tentant des expériences. Mais très franchement je n’aime pas tellement l’idée que les ”modèles économiques vont se définir eux-mêmes”. Ce n’est pas vrai ! Les modèles économiques ne sont pas neutres, ils rendent compte de rapports de forces et d’interactions complexes entre des acteurs qui poursuivent des objectifs très différents et ils s’appuient sur des valeurs (au sens moral) dont on ne peut pas se désintéresser. Il ne faut pas perdre de vue que les modèles économiques ne seront pas neutres sur la nature de la création littéraire ni sur la nature de ce à quoi les gens s’intéressent au moment de choisir de la lecture. Ne soyons pas candides.» [ Source ]

Le produit de l’édition

Il faut insister : le produit de l’édition, c’est le livre. Et un livre, c’est un livre. L’oeuvre est dans le livre et le livre peut aussi être lui-même une oeuvre d’art. Voilà la réalité du modèle économique actuel et, plus important encore, la réalité du lecteur. Pour guider ce dernier dans le passage au support numérique et électronique, il faut préserver le concept du livre : livre numérique, livre électronique. La résistance naturelle au changement exige que l’on procède par étape, d’abord en ajoutant quelque chose de nouveau à quelque chose de vieux, dans ce cas-ci, le numérique au livre.

Ceci fait, on pourra inventer autant d’autres produits que l’on voudra. Mais je vous rappelle que le taux de succès des nouveaux produits de consommation (sans vouloir insulter le livre) ne dépasse pas les 10%. Autrement dit, 90% des nouveaux produits connaissent l’échec, d’où l’importance d’expérimenter, comme le dit si bien Clément Laberge. Mais attention à l’expérimentation sur la place publique car il n’y a rien de plus risqué pour s’attirer de mauvaises critiques ou, pis encore, pour rebuter la population avant même le lancement du nouveau produit. Et c’est plus particulièrement vrai dans le cas du livre, une institution culturelle de grande envergure.

Ce n’est que dans la démocratisation de l’accès à l’édition grâce aux nouvelles technologies qu’il y a révolution dans le domaine du livre.

Pour le reste, c’est de l’évolution. Le livre passe au numérique comme le téléphone fixe est passé au téléphone mobile. Notez que le produit est encore et toujours appelé « téléphone » et que cela n’a pas empêché le développement de nouvelles applications, bien au contraire. Dans ce contexte, la référence au livre comme le produit de l’édition s’avère essentielle au succès des nouvelles formes d’écriture.

La mode du moment et l’avenir du livre

Et si on mettait nos pupitres en cercle ? Et si on avait un écureuil en classe ? Et si on fabriquait un théâtre de marionnettes ? J’étais en sixième année à l’école élémentaire lorsque la méthode active a fait son entrée dans l’enseignement au Québec. J’en garde un excellent souvenir. Contrairement aux années précédentes, très austères avec ses cours magistraux et ses coups de règles sur les doigts, ma sixième année fut un terrain de jeux.

Cependant, la méthode active ne fut qu’une mode du moment adoptée que par quelques enseignants aventuriers. Qui allait nourrir l’écureuil, les poissons, les tortues, les couleuvres,… pendant les deux mois de vacances estivales ? La réalité a rattrapé bon nombre d’enseignants adeptes des méthodes actives au cours des années 80. Mais l’idée fondamentale a persisté et a influencé tous les programmes pédagogiques au Québec adoptés en réformes successives depuis l’époque. Aujourd’hui, les résultats concrets de l’école moderne de la nouvelle éducation laisse à désirer au chapitre des connaissances. L’intégration de l’activité et, plus récemment, de l’apprentissage par projet dans la pédagogie semblent se faire au détriment de la maîtrise des matières de base dans nos écoles. Curieux n’est-ce pas comme l’euphorie du moment envers une nouvelle mode peut tout faire dérailler à long terme ? Je crains que l’avenir du livre, sans le livre et au profit des œuvres, soit dans une telle euphorie. Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre l’expérimentation et l’exploration mais je crains l’altération voire la destruction du déjà su avant même l’arrivée d’un nouveau savoir.

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Photo bob august sur Flickr

Les créations collectives et les nouvelles formes d’écriture : le même avenir ?


L’euphorie manifeste des opposants à la référence au livre (au profit de l’œuvre) se compare à celle observée lors de l’arrivée des créations collectives dans le milieu théâtral au Québec dans les années 60 et 70. Je me souviens encore de l’engouement suscité par le projet de création collective proposé par l’un des professeurs de théâtre à mon école secondaire.

« Dans son usage le plus courant, l’expression désigne une technique permettant de concevoir une pièce en groupe, avec ou sans l’aide d’un dramaturge. Les défenseurs de ce processus de création soutiennent qu’il transforme l’acteur en artiste créateur et l’amène à exprimer sa propre expérience à travers son jeu. » explique Gilbert David dans son article sur le sujet publié par L’Encyclopédie canadienne, offerte en ligne par la Fondation Historica.

Malheureusement, on termine souvent sa course dans le décor quand on démarre sur les chapeaux de roues. Des centaines de petites troupes de théâtre adeptes de la création collective tracent leur chemin au cours des années 60 et 70, puis disparaissent.

À mon humble avis, c’est un avenir aussi sombre qui frappera à moyen terme les nouvelles formes d’écriture numérique tout comme les œuvres numériques qui en résultent. Pour sa part, le livre numérique traditionnel (avec ou sans lien hypertexte, vidéo intégrée…) gagnera en crédibilité et s’imposera à côté du livre papier.

Gilbert David souligne dans L’Encyclopédie canadienne qu’«une fois la dramaturgie canadienne parvenue à un stade où les dramaturges peuvent vivre de leur art, la création collective apparaît moins nécessaire.» Il en sera ainsi dans le domaine du livre. Je paraphrase : une fois l’industrie du livre parvenue à un stade où les auteurs de livres numériques pourront vivre de leur art, les nouvelles formes d’écritures numériques apparaîtront moins nécessaires. Je me réfère ici autant aux auteurs publiés sous la forme de livres papier accompagnés de leurs versions numériques qu’aux auteurs publiés uniquement sous la forme de livres numériques. Notez la répétition du mot « livre » par opposition à la référence imposée à l’œuvre depuis peu.

Gilbert David ajoute : « Paradoxalement peut-être, la création collective a conduit à la redéfinition des tâches artistiques au sein des compagnies théâtrales, en pavant la voie à un retour en force de la mise en scène. » Je paraphrase de nouveau : Paradoxalement peut-être, les nouvelles formes d’écriture conduiront à une redéfinition de la chaîne du livre, en pavant la voie à un retour en force de l’édition (et de l’éditeur). Il faut se rappeler que le numérique permet à plusieurs auteurs de contourner l’éditeur voire toute la chaîne du livre traditionnel.

En résumé, le jour où un modèle économique rentable pour le livre numérique aura fait ses preuves, la recherche de nouvelles voies dans les nouvelles formes d’écriture numérique cessera ou deviendra une spécialité de quelques universitaires. Il n’est donc pas utile de mettre de côté le livre au profit d’un concept plus large (l’œuvre) mais de travailler très fort à l’émergence d’un modèle économique viable et équitable pour tous les acteurs du livre, industriels et artisans. Il n’y aura pas de nouveaux produits littéraires qui émergeront des nouvelles formes d’écriture numérique.

Des nouvelles formes d’écriture, vraiment ?

Doit-on parler de nouvelles formes d’écriture ou de nouveaux supports technologiques ? Est-ce que mettre des liens hypertextes dans un texte constitue une nouvelle forme d’écriture ? Non, car je n’écris pas en fonction des liens que je place dans le texte. Le lien hypertexte est uniquement un nouveau support technologique offert par le numérique pour livrer des références au lecteur. Est-ce que le blogue est une nouvelle forme d’écriture ? Non, le blogue est ni plus ni moins qu’un nouveau support pour les formes d’écriture que l’on connaît déjà : billet, nouvelles, articles… L’écriture «blogue» n’existe pas. Est-ce que l’écriture collective est une nouvelle forme d’écriture ? Non, ce n’est pas d’hier que des gens se réunissent pour écrire une œuvre collective.


Où sont-elles ces nouvelles formes d’écriture dont on parle tant ? Sur Twitter, morcelées en 140 caractères ? Aussi bien dire qu’on trouve une nouvelle forme d’écriture dans les 140 post-it collés sur mon réfrigérateur . On ne peut pas parler d’une nouvelle forme d’écriture à l’arrivée de chaque nouveau type de site web. Voyons donc, ce n’est pas sérieux ?

Même dans le cas du «journalisme citoyen» on ne peut pas vraiment parler d’une nouvelle forme d’écriture. Si l’expression doit son existence au web, il faut se rappeler que plusieurs citoyens pratiquaient déjà ce type de journalisme dans les médias communautaires et libres (journaux, radio, télévision). Le journalisme citoyen est l’une des déclinations du style journalistique et non pas une nouvelle forme d’écriture.


Ah ! Oui, on saura me dire que les nouvelles formes d’écriture sont dans le support lui-même. On n’écrit pas pareil lorsqu’on utilise un clavier et un ordinateur que lorsqu’on utilise un crayon et du papier. Peut-être, mais cela ne donne pas pour autant naissance à une nouvelle forme d’écriture.

Je sais, on parle de l’écriture web. Certains fournisseurs de contenu web en font une spécialité. Ils écrivent des textes en fonction des particularités du web. Par exemple, on répète volontairement certains mots-clés dans le texte. Les moteurs de recherche s’attardent au nombre de fois qu’un mot-clé est présent dans un texte pour en déterminer le classement parmi les résultats de recherche. J’utilise parfois cette approche et je la considère davantage comme une technique qu’une nouvelle forme d’écriture.

Bref, si le support technologique a le pouvoir d’influencer l’écriture, aucune nouvelle forme d’écriture n’a vu le jour jusqu’à présent. Certains ont peut-être l’impression de réinventer le monde de l’écriture dans l’univers technologique, mais ce n’est qu’une impression. Écrire et publier sur un nouveau support est une chose, inventer une nouvelle forme d’écriture en est une autre. Et si je me trompe, j’aimerais bien qu’on me liste et me définisse ces nouvelles formes d’écriture en prenant grand soin de tenir compte des formes existantes.

CONCLUSION

L’avenir n’est pas dans un détour par l’œuvre

Une grande confusion régnerait au sien de la population si toutes les discussions autour de ces soi-disant nouvelles formes d’écriture et au sujet de la remise en question de la référence au livre au profit de l’œuvre trouvaient un écho public étendu. Déjà incité à se familiariser avec le livre électronique et les exemplaires numériques, le bon peuple a déjà plusieurs décisions à prendre dans la balance. S’il faut que des « hippies des pixels » viennent mêler les choses, plusieurs personnes vont tout simplement décrocher et l’avenir du livre souffrira d’une mauvaise réputation, sans doute passagère, mais tout de même néfaste à la campagne d’information en cours depuis quelques années auprès de la population. Forcer un détour par l’œuvre pour ensuite nous rendre compte qu’il faut revenir en force au concept du livre sèmera la confusion.

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Image Gileslane sur Flickr

L’avenir du livre est dans le livre

Qu’il soit imprimé sur papier ou sous la forme d’un fichier numérique, l’avenir du livre est pour longtemps encore dans le concept même du livre. Pour le définir, il faut respecter la perception du livre au sein de la population : un objet de papier imprimé d’une œuvre. Actuellement, le livre papier domine mais le livre électronique et les exemplaires numériques font leur petit bonhomme de chemin dans la culture populaire. La force de l’idée du livre réside dans sa clarté.

On peut évaluer l’ampleur de cette force de l’idée du livre dans les différentes histoires du livre. Par exemple, on peut lire : « Les premiers livres ont pour support des tablettes d’argile ou de pierre ». Comment un historien peut-il affirmer que les écritures de ces époques étaient des livres ? Il faudrait savoir comment les gens de ces époques nommaient leurs écrits. C’est sans aucun doute en raison de la domination de l’idée du livre dans son intellect que l’auteur de cette histoire du livre projette dans le passé un produit qui naîtra beaucoup plus tard. Telle est la force de l’idée du livre au siècle dernier et de nos jours. L’industrie du livre ne deviendra pas l’industrie de l’œuvre, comme l’industrie du disque est devenue l’industrie de la musique, car même l’œuvre fait référence au livre au sien de la population.

L’œuvre fermée et l’œuvre ouverte

Enfin, certains justifient la référence à l’œuvre plutôt qu’au livre parce que ce dernier se rapporte à une œuvre fermée dès qu’elle est imprimée. On parle de l’œuvre ouverte, c’est-à-dire en constante évolution, telle que le permettent les nouvelles technologies, notamment le web. L’auteur retouche alors son œuvre librement sur le web, la bonifie, en réécrit des passages, ajoute des liens hypertextes et peut-être même des vidéos. Malheureusement, le public est habitué à la lecture d’œuvre fermée. Le lecteur ne tient pas à relire sans fin la même œuvre pour en apprécier l’évolution constante en décelant ici et là les retouches et les ajouts. Même dans la musique chaque version est fermée. Il en va de même de l’œuvre d’un peintre. Même s’il peut la réaliser sur plusieurs années, un jour ou l’autre, il complète définitivement son œuvre. Et c’est le résultat final, le produit fini, dont l’amateur se porte acquéreur. Assister au travail en direct de l’écrivain sur le web intéressa sans doute certains lecteurs mais ils se lasseront si l’accouchement s’éternise ou en l’absence d’un produit fini.

Il y a déjà tant à lire, si nous devons lire et relire sans cesse les œuvres numériques ouvertes, nous abandonnerons… si l’auteur ne baisse pas les bras avant les lecteurs. Chez l’éditeur Robert ne veut pas lire, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont abandonné leurs feuilletons en premier. L’éditeur exige désormais de ses auteurs l’ensemble de l’œuvre, une œuvre complétée, fermée, avant de la publier en feuilletons. Seule l’œuvre fermée a un avenir commercial.

Billet initialement publié sur Le Monde du livre sur Internet, le magazine en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys, sous le titreLa fabrique du numérique vue par le trou de serrure, L’œuvre ou le livre”

Image de une Gileslane sur Flickr

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